De l’horreur, des T-shirts et une princesse avec Yannick Bouchard

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by Chantal Fournier on June 14, 2014

Au début mai, j’ai participé au Congrès Boréal. J’y ai rencontré les gens de la Maison des Viscères, une maison d’édition spécialisée dans l’horreur. Un de leur livres avait en couverture un draveur debout sur des corps, pas le genre de chose qu’on voit tous les jours. Quand je vois un livre intéressant, je l’ouvre toujours pour découvrir qui a fait l’illustration. C’est comme ça que j’ai découvert le travail de Yannick Bouchard.

Yannick a étudié l’art à l’Université Laval et maintenant il fait entre autres des designs de T-shirts, des illustrations pour des groupes de métal et des jeux de rôle. Je l’ai contacté et il a accepté de répondre à mes questions pour Drink and Draw Mtl.

Autodidacte

Chantal pour DrinkAndDrawMtl: Bonjour Yannick, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
 Pour commencer, peux-tu nous parler de toi et de comment tu as commencé à peindre?
 Yannick Bouchard: J’ai toujours adoré dessiner, dès mon plus jeune âge, et déjà très jeune je savais que je voudrais faire de cette passion mon métier, même si j’ignorais encore exactement sous quelle forme. Je m’intéressais beaucoup à la bande dessinée à l’adolescence, mais ce n’est que vers 17 ou 18 ans que j’ai commencé la peinture. J’avais été beaucoup impressionné par les œuvres de certains artistes, notamment Boris Vallejo, et quand j’ai su qu’il réalisait ses magnifiques images avec de la peinture à l’huile, j’ai décidé que ce serait également mon médium de prédilection.

C.F.:Que sais-tu maintenant que tu aurais aimé savoir quand tu as fini l’école?

Y.B.:J’aurais voulu suivre un cours spécifique sur la peinture à l’huile. Il n’y avait pas vraiment de cours approfondi sur cette technique, ni au Cégep, ni à l’Université. J’ai donc appris par moi-même, en lisant des livres. J’aurais voulu également apprendre la peinture numérique avec une tablette graphique beaucoup plus tôt. J’aurais aussi aimé connaître l’existence de sites comme Design By Humans et Threadless, qui sont des sites de T-shirts et qui m’ont été d’une grande aide financière dans les 2 dernières années.

C.F.:Quelle est l’importance de tes contacts dans ta carrière? Comment rencontres-tu d’autres artistes?

Y.B.:C’est très important d’avoir des contacts quand on est illustrateur indépendant comme moi. Les gens pour qui je fais des contrats vont souvent faire appel à moi à nouveau quand ils auront d’autres projets. De plus, ces mêmes personnes vont parfois me référer à d’autres personnes qui ont besoin d’un illustrateur. C’est donc très important d’offrir un bon service, rapide et professionnel, pour s’assurer la fidélité de ses clients.

Pour ce qui est de rencontrer d’autres artistes, pour ma part, c’est surtout par internet que ça se passe. Des sites comme DeviantArt, Design By Humans et Threadless sont d’excellents endroits pour apprécier le travail d’autres artistes et pour communiquer avec eux.

C.F.:Quelles sont tes influences?

Y.B.:Comme je l’ai déjà mentionné, Boris Vallejo m’a beaucoup impressionné par la qualité de ses illustrations, le détail et la richesse des couleurs, ainsi que son univers fantaisiste rempli de créatures, de héros et de femmes magnifiques, où la beauté de l’anatomie humaine est à l’honneur. Au Cégep, à peu près à la même époque, j’ai également fait la découverte des surréalistes, dont mes préférés sont Dali et René Magritte. Ce dernier en particulier a fait grande impression sur moi, avec ses compositions simples, souvent autour d’un ou deux personnages, et ses concepts poétiques et mystérieux. Ce sont ces influences qui ont façonné mon style.

C.F.:Dans ton portfolio, tu as de l’huile, du numérique, même un peu d’aquarelle, comment décides-tu quel médium tu vas utiliser pour une œuvre?

Y.B.:La plupart du temps, quand il s’agit d’un contrat, je vais opter pour le numérique, car c’est beaucoup plus rapide et plus facile d’apporter des modifications, selon les exigences du client. Avec le numérique, on peut aller davantage dans le détail. On peut aussi incorporer des textures de toutes sortes et créer des effets intéressants. Par contre, les médiums traditionnels offrent d’autres avantages, plus de spontanéité. J’aime beaucoup le dessin à la plume, entre autres pour certains designs de T-shirts. Pour les projets plus personnels, je vais souvent me tourner vers la peinture à l’huile. Il y a une qualité unique par rapport à la couleur et la texture qu’on ne peut pas reproduire avec le numérique. Le fait d’avoir un exemplaire unique d’une image lui donne également un statut particulier d’œuvre d’art plutôt que de simple illustration.

C.F.:Peux-tu nous donner une idée du processus que tu suis pour créer une image?

Y.B.:Évidemment, ça commence toujours par une idée. Je vais y aller d’un croquis très rapide et brouillon pour concrétiser cette idée, quelques coups de crayon sur le coin d’une feuille de papier. Déjà à cette étape, j’ai souvent une bonne idée de la composition qu’aura mon image. Ensuite, je vais trouver des images de références pour m’aider. Google est un outil formidable pour les recherches. Pour ce qui est des personnages, je vais utiliser mes propres photos comme référence. Je demande parfois à ma conjointe de me servir de modèle, sinon c’est moi-même qui joue ce rôle. Ces photos me servent d’aide pour l’anatomie en général et pour les effets d’ombres et de lumières, il ne s’agit pas de reproduire exactement la photo. Ensuite je crée une version au propre en numérique, simplement des lignes de contours tracées finement, puis j’ajoute la couleur. Si je veux un style plus réaliste, je vais effacer en grande partie ces lignes de contours, sinon je peux les garder, pour un style plus bande dessinée.

C.F.:En quoi ce processus est-il différent selon le médium que tu choisis?

Y.B.:Le processus est presque le même, que ce soit pour une peinture numérique ou pour une peinture à l’huile. Quand je fais une peinture à l’huile, je fais quand même une version numérique en couleur d’abord, pour décider des couleurs et avoir une bonne idée d’avance du résultat escompté. J’imprime diverses photos de référence ainsi que la version couleur, auxquelles je me référerai souvent en peignant. J’imprime également une version de l’image avec seulement les lignes de contours, et je me sers d’un projecteur pour agrandir cette image sur mon support (j’utilise généralement des panneaux de bois), que je trace au crayon. Ensuite, c’est le temps de peindre!

 C.F.:Je pense que mon illustration préférée dans ton portfolio est Drowning, de Lamentation of the Flame Princess, la représentation de l’eau est très réussie. Quel défi particulier as-tu eu à relever pour créer de l’eau aussi vivante?

Y.B.:C’est dans un cas comme celui-ci que les photos de références me sont très utiles. Pour cette image en particulier, j’ai demandé à ma conjointe d’être mon modèle. C’était à l’automne, un peu avant l’Halloween, et j’avais acheté un costume de princesse bon marché, que je lui avait demandé de porter. Je me suis perché dans un escabeau, à côté du bain-tourbillon, et j’ai pris plusieurs photos pendant qu’elle était dans l’eau, s’agitant dans tout les sens en faisant semblant de se noyer. C’était plutôt cocasse. Ensuite, j’ai utilisé différentes parties de diverses photos pour composer mon illustration.

C.F.:As-tu des projets dont tu peux nous parler?

Y.B.:J’espère avoir quelques peintures à l’huile prêtes à être exposées dans le but de les vendre, au début de l’année prochaine. C’est un long processus, puisque je peins surtout dans mes temps libres, quand je n’ai pas de contrat. Puis je dois attendre qu’elles sèchent complètement (environ 6 mois) avant de pouvoir les vernir. Il restera ensuite à trouver une galerie pour les exposer.

C.F.:Pour finir, où nos lecteurs peuvent-ils en apprendre plus sur toi et voir tes œuvres?

Y.B.:On peut me suivre sur DeviantArt:yannickbouchard.deviantart.com, j’ai mon site personnel: illusorydreams.com, et mon magasin de T-shirts en ligne sur Design By Humans ainsi que Threadless.

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Chantal Fournier aime les tamanoirs, le swing et la tarte à la lime. Elle œuvre en tant qu’illustratrice dans l’industrie du divertissement depuis près de 15 ans, d’abord dans l’industrie du jeu vidéo et ensuite dans le monde de l’édition. Ses influences vont de J.C.Leyendecker à James Jean en passant par Greg Manchess, William Bouguereau et Alfons Mucha. Elle participé à plusieurs congrès au Québec et aux États-Unis. Vous pouvez voir son portfolio au http://www.chantalfournier.com/

 

 

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